Lorsqu’il faut lutter contre
la puissance du réseau


Laurent LEGUEVAQUE, Juge d'Instruction.
Bernard LAFONTAINE, Expert.

Enquête de pédophilie sur Internet


Toujours plus nombreuses sont les affaires de contenus illicites de l’Internet être portées devant le tribunal. Plus que tous autres, les problèmes de pédophilie posent au juge des questions complexes tenant notamment la multiplicité des aspects juridiques concernés.
Pour l'assister efficacement sur le réseau, l'expert informatique agréé par la cour doit être parvenu, de son côté, à la parfaite maîtrise des buts et des écueils de l'investigation.
De la complémentarité de leurs approches dépend le succès de l'enquête.


  • Le point de vue du magistrat.

    Du point de vue d'un juriste, ou d'un sociologue disons pour synthétiser d'un criminologue, le risque réside dans le fait que l’Internet, le réseau des réseaux, va briser l'isolement d'un pédophile ; un isolement souvent cruellement vécu: mis au ban, honni, condamné parfois pour ses désirs, qu'il a appris à taire même à son entourage, un individu pédophile va d'abord se tourner vers l’internet pour assouvir ses pulsions cachées.

    Il cherchera des photographies, des films, ou toute autre représentation sexualisant des enfants. Ce faisant, il réalisera qu'il n'est pas seul, loin s'en faut. Qu'il existe un peu partout et en nombre, des individus subissant ou cultivant les mêmes pulsions, et que ces derniers peuvent se relier les uns aux autres là est la vocation du web.

    La prise de conscience d'appartenir à un groupe va induire chez lui un grand nombre de tentations qui construiront autant de risques, pour lui comme pour les autres. Tentons de les énumérer.

    Le danger de renforcement, tout d'abord, c'est-à-dire celui de croire avec plus ou moins de sincérité au bien-fondé, voire à la légitimité, de son état pédophilique. De récupérer à son profit le discours d'autres minorités sexuelles, elles aussi tentées de s'organiser en réseau afin de revendiquer, d'exister, ou simplement de réclamer plus de justice.

    C'est ainsi qu'au cours d'une affaire donnée, le juge et l'expert rédacteurs du présent article ont pu constater l'existence de sites web adoptant un ton polémique qui, dans la forme bien plus que dans le fond, imitait le discours des militants "gays & lesbians" américains, en l'appliquant à la pédophilie.

    Il paraît difficile d'évaluer le réel degré de bonne foi de ces vrais faux militants d'une mauvaise cause, dans la mesure où ils semblent ignorer l’infranchissable fossé du consentement: ce que des homosexuels, adultes et responsables, peuvent revendiquer comme étant leur sexualité, leur intimité, et donc un élément de leur personnalité, n'a rien de commun avec ce qu'un adulte veut imposer, pour assouvir son plaisir, à un enfant.

    Les minorités sexuelles militent pour eux. Les pédophiles ne sauraient, sans leur faire injure, les copier grossièrement, et parler ainsi en lieu et place de leurs victimes impubères, morphologiquement et psychologiquement non préparées à une sexualité à sens unique que l'autre, dans son seul intérêt, veut lui faire vivre. Or l'internet, qui, dit-on, a séduit plus de gens en quelques mois que le téléphone en trente ans, autorise dans un monde en expansion démographique, les connexions de tous ceux qui désirent trouver des semblables.

    Notre pédophile internaute, souffrant nécessairement de son isolement, risque de croire aux sirènes de ceux de ses pairs qui lui présentent cette forme particulière de délivrance: nous ne sommes pas des coupables, mais des victimes... Qui n'a pas envie d'entendre cette voix là? Et d'un point de vue pénal, le militantisme n'est jamais a priori une infraction, puisqu'il n'existe pas en démocratie de délit d'opinion.

    Toutefois, la responsabilité morale de ceux qui tentent la justification de la pédophilie est immense: outre qu'ils font encourir un danger potentiel à des enfants, ils maintiennent les pédophiles dans la fiction que leurs actes sont acceptables. Si l'apologie de la pédophilie est bien un crime moral et une absurdité elle n'est pas forcément un délit. Sauf, bien entendu, à tomber sous le coup de l'excitation de mineurs à la débauche une infraction qui existe dans presque tous les droits nationaux, c’est-à-dire dans les lois de chaque pays. Pour qu'elle soit constituée, il faut cependant que le cadre du militantisme soit dépassé, et que, par des écrits, des images ou d'autres formes d'incitation, on ait entraîné des mineurs dans des situations que recouvre le terme de "débauche".

    Prenons un exemple concret: ce site danois qui affiche sur le web en sept langues "que les pédophiles ont toujours été pourchassés, persécutés", expose une opinion, dont nous pouvons d'ailleurs dire qu'elle n'est ni fausse, ni délictuelle. Tout au plus peut-on juger impropre le terme de "persécution", appliqué à des condamnations en justice, et soupeser ainsi le glissement du raisonnement que ce mot reflète.

    Lorsqu'il avance un peu plus loin "que l'on comprend mal cette persécution si l'on sait qu'il existe des relations sexuelles non violentes, affectives, mutuellement satisfaisantes, entre des majeurs et des mineurs", il reste dans le champ d'un militantisme dont on mesure certes la mauvaise foi Quel âge ont les mineurs dont il parle? Que pensera-t-il, devenu adulte, de ce qu'on lui a fait? Quelles seront les répercussions sur sa vie intime d'adulte ?, mais dont on ne saurait affirmer qu'il s'agisse d'une incitation. Si, en revanche, ce que le site ne propose d'ailleurs pas, il poussait cette démarche boiteuse jusqu'à inviter des adultes à essayer une expérience sexuelle avec des enfants, la question de l'incitation se poserait franchement, et pénalement.

    Cet exemple, issu de "la toile", démontre la difficulté d'interdire un écrit militant ou revêtant les atours du militantisme. C'est un lieu commun d'écrire que les démocraties souffrent de leur faiblesse, parce qu'elles ne défendent pas obligatoirement avec dureté des valeurs qui lui sont pourtant très chères. La frontière du délit d'opinion est délicate à dessiner, puisque le principe de liberté laisse à la conscience de chacun le soin de juger, à l'aide de son propre sens critique, le bien-fondé de tel ou tel point de vue.

    Hélas, si peu de gens sont dupes de cette imitation que nous qualifions de "grossière" du ton des minorités sexuelles, les pédophiles y croient parfois, avec une duplicité difficile à évaluer exactement, pour les raisons que nous venons d'exposer, et qui tiennent essentiellement à leur isolement.

    Ce constat est encore plus triste si l'on imagine les possibles bienfaits de la mise en réseau des pédophiles; en effet, rien n'empêche de concevoir qu'au lieu de se lier pour entretenir et renforcer leurs coupables passions, ils ne le fissent pour discuter, échanger, écouter, dans un but de thérapie. Sans pousser plus avant la comparaison, songeons aux alcooliques anonymes, aux innombrables associations dans lesquelles les toxicomanes s'unissent "parce que l'union fait la force pour s'entraider dans une œuvre de libération, de désintoxication. A notre connaissance, et après avoir interrogé en vain plusieurs moteurs de recherche, de tels sites n'existent pas en matière de pédophilie. N'en tirons pas d'autres conclusions que ce simple mais fâcheux constat.

    Le second risque induit par l'internet est de favoriser une organisation efficace des pédophiles. Car, sur le "net", l'anonymat est facilité par l'effet du nombre, et les échanges par la rapidité et la confidentialité, qu'il s'agisse de photographies, de messages ou de films.

    En conséquence, sur l'internet, une internationale pédophile ne ressort plus du pur fantasme: les rédacteurs du présent article ont épié légalement un Français échangeant des images pédophiles avec un Américain, lequel le remerciait en lui fournissant l'adresse électronique d'un Russe qui lui en fournirait d'autres...

    Ce maillage devient moins artisanal et plus commercial, avec le temps. Une personne seule peut collecter en quelques dizaines d'heures de connexion plusieurs milliers de photographies pédophiles. Cette même personne peut créer en quelques jours, en recourant à un abonnement dont le coût ne dépasse pas cent francs mensuels, un site depuis lequel il proposera à la vente ou à l'échange des milliers de photographies. Inutile, dès lors, de préciser ce qu'un réseau mondial peut réaliser; un photographe basé dans un pays de l'Est, ou en Amérique du Sud, prend des clichés pornographiques d'enfants qui, soit contraints, soit qu'ils obéissent à une logique de survie économique, posent.

    Autrefois il fallait trouver un imprimeur, puis un éditeur ou plutôt un distributeur pour faire passer matériellement, en fraude des douanes, un volume de papier. Il suffit aujourd'hui de numériser, c’est-à-dire de transformer à l'aide de scanners, devenus matériels courants et peu onéreux, des images en informations électroniques décodables par tout ordinateur, puis, par le truchement du net, d'offrir à la vente ce produit immatériel, transportable en quelques secondes à l'autre bout de la planète, via un modem devenu lui aussi un équipement standard. Pour peu qu'il dispose d'un fichier d'acheteurs là est la caractéristique principale d'un réseau organisé, l'activité commerciale s'en trouvera démultipliée.

    Face à ce risque là, l'arsenal pénal est en revanche bien construit. La législation française, modèle du genre, est le fruit de conventions internationales, transposées en droit français. Très simplement, elle punit gravement, mais là n'est pas le propos, l'efficacité comptant plus que le quantum le fait d'enregistrer, de détenir, de transporter, de fixer, par quelque moyen que ce soit, en vue de sa diffusion, une image mettant en scène des enfants dans des situations pornographiques. Ces éléments constitutifs de l'infraction sont nécessaires et suffisants pour que les tribunaux répriment les trafics d'images interdites. Les risques du mariage entre l'internet et la pédophilie sont donc judiciairement inégalement combattus.

    Le renforcement des pulsions reste une affaire humaine, laissée de facto au jugement critique de chacun. Le trafic, portant principalement sur les images pédophiles, est, en théorie, plus efficacement combattu. Mais qu'en est-il en réalité? A quel point, en ce début d'existence de l'internet, en est déjà cette lutte?

    Répondre à cette question offre l'avantage de dresser sommairement un état des lieux de la pédophilie sur internet. Modestement s'entend, car le propre du réseau des réseaux, c'est précisément qu'aucun état des lieux complet n'en est possible: on ne visite l'internet jamais aussi complètement qu'un appartement si vaste soit-il, parce que les contours, comme le contenu, changent chaque jour... Tentons le tout de même.

    L'état des lieux: Même si la loi est satisfaisante, la lutte judiciaire contre les réseaux pédophiles sur le net rencontre des écueils de procédure. Par exemple, lorsqu'une série d'infractions est commise en différents points de la planète, par plusieurs personnes de même nationalité, quelle juridiction est compétente? A supposer cette première question tranchée, comment organiser la coopération entre de nombreuses polices, et autant de systèmes judiciaires obéissant à des règlements parfois divergeants ?

    On connaît ce syndrome en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants, et ses effets pervers: les difficultés étant ce qu'elles sont, l'idée se répand dans l'opinion que "seuls les petits tombent" tandis que "les gros poissons continuent de prospérer". De fait, les premières affaires judiciaires n'ont pu démentir cette récurrente critique: à l'occasion d'un contrôle en général une perquisition, le disque dur de l'ordinateur d'un pédophile révèle son effrayant contenu, soit plusieurs milliers d'images pédophiliques. S'ensuit une expertise judiciaire qui tentera de et la plupart du temps réussira à déterminer la provenance comme la destination des images illégales diffusées. Mais le réseau n'est pas pour autant entièrement démantelé, car les investigations restent nationales, voire régionales.

    Néanmoins, plusieurs remarques s'imposent, lesquelles marquent les progrès qu'incontestablement, l'apprentissage avançant, les enquêteurs accomplissent.

    Tout d'abord, la pratique de la dénonciation officielle aux législations étrangères s'intensifie. elle consiste en ce que le procureur du lieu de l'enquête menée, et où sont découvertes les infractions commises à l'étranger, les porte à la connaissance de ses homologues des pays concernés, sur la base de pièces officielles qui permettent à ces derniers d'enclencher une procédure pénale.

    Est-il utile de préciser qu'un phénomène tout à la fois sociologique politique et judiciaire que l'on pourrait nommer "le syndrome Marc Dutroux" a pour prévisible conséquence qu'immanquablement, les dénonciations officielles de pédophiles, par des procureurs d'autres contrées, sont suivies d'effet?

    Ensuite et dans le même esprit, précisons que la coopération judiciaire et policière fait, ces dernières années, de considérables efforts, lesquels portent leurs fruits. Récemment, sous le titre "vaste coup de filet sur internet", la presse se faisait l'écho d'une opération conjointe menée par plusieurs Etats et ayant abouti à l'arrestation d'un entier réseau de distribution d'images, lequel révélait certaines "ficelles" de la mise en réseau des pédophiles; ainsi a-t-on pu apprendre que, pour intégrer le réseau d'échange, l'échangeur en puissance devait montrer patte blanche, en quelque sorte, en offrant en guise de droit d'entrée dans le système une dizaine de milliers d'images pédophiles collectées par ses soins...

    Ceci étant précisé, à quel chiffre peu-t-on estimer ce genre d'enquêtes coopératives? A quelques dizaines selon l'expérience du magistrat rédacteur, pour l'Europe, alors que les affaires nationales de découvertes d'images interdites chez un particulier s'évaluent en centaines nous avons dit néanmoins qu'avec l'intensification de la pratique de la dénonciation officielle, celles-ci généraient à leur tour d'autres affaires dans d'autres Etats.

    C'est à dessein que nous conclurons sur ce que nous appelions "le syndrome Dutroux". En effet, l'espoir de voir s'intensifier l'entraide répressive internationale tient selon nous dans cette immense charge émotionnelle qu'en germe, les réseaux pédophiles déclenchent chez les peuples.
    Aucun ministre ne travaille à être renversé, aucune police ne souhaite un scandale planétaire: la lutte contre la pédophilie existera nécessairement, et obligatoirement s'intensifiera et s'organisera, elle aussi, en réseau.

    Osons formuler d'ailleurs cette proposition: que les enquêteurs se mettent à utiliser eux aussi l'internet ! C'est bien sûr déjà le cas, mais, à notre sens, trop rarement...

  • Le point de vue du technicien.
    Qu'est-ce qu'un pédophile?
    Traiter ce sujet sans avoir une vue statistique, c’est-à-dire avoir examiné de nombreux cas est chose difficile. Cependant une littérature abondante circule sur les sites intemet de défense de la pédophilie (oui, ça existe) et les affirmations de ce paragraphe sont donc pour partie le fruit de l'expérience personnelle complétée par quelques malsaines lectures de ces fameux sites.

    Un pédophile est dans plus de 80 % des cas un homosexuel de sexe masculin, la population à risque n'est donc pas comme on pourrait le penser a priori constituée par les jeunes filles mais plutôt par les petits garçons.

    Un pédophile est quelqu'un qui aime les enfants, de façon exagérée et ambiguë. Les sites traitant de la pédophilie et proposant des galeries d'images ont "en vitrine" de nombreux jeunes garçons, on dira huit ans en moyenne, représentés dans des occupations qui n'ont rien de malsain: activités sportives, natation, scoutisme, etc. En outre une préoccupation artistique est parfois mêlée à cette activité, de la musique, des poèmes accompagnent les collections de photos. Ces sites se défendent de tout excès pouvant entraîner des sanctions pénales, "pas de nus, pas de pornographie chez nous". C'est en arrière-boutique, sur le disque dur du délinquant que l'on découvre l'horreur de la situation.

    De nombreux sites et forums développent également une doctrine de la pédophilie, que nous n'aurions pas la place de décrire ici de façon détaillée mais que nous pourrions résumer par les thèmes revenant régulièrement:


  • La société persécute les pédophiles parce qu'elle ne les comprend pas et ne comprend pas les aspirations profondes de l'enfant, ce faisant elle compromet le développement harmonieux de l'enfant.

  • L'enfant a, avec le pédophile, des liens d'amitié profonds et sincères et est choqué lorsqu'il assiste aux difficultés faites à son compagnon de jeux...

  • Les animaux et les anciens pratiquaient la pédophilie qui est donc une activité tout à fait naturelle. On résiste difficilement à la tentation de répondre que la sexualité de la mante religieuse n'est pas un exemple à suivre, et que nos anciens pratiquaient aussi l'esclavage.

  • La pédophilie n'est pas un viol et il conviendrait d'abaisser l'âge légal du consentement sexuel qui est actuellement en France fixé à quinze ans.


  • Nous arrêterons ici cette énumération qui pourrait ressembler à une apologie de la pédophilie, ce qui n'est nullement notre propos ; nous compléterons simplement en rappelant que la pédophilie, c'est aussi souvent:


  • Du proxénétisme et un business très lucratif.

  • Un ensemble d'individus potentiellement très dangereux, même indirectement lorsqu'ils ne sont que des consommateurs d'images. Ces images se vendent et il a bien fallu les fabriquer, avec de vrais enfants.


  • Apparemment un groupe de pression puissant s'est constitué en Californie, il dispose de moyens considérables et fonctionne sous forme d'association et un peu à la façon d'une secte.

    Quels services apporte le net dans une telle activité illicite?

    Internet est un outil puissant de communication et la puissance est souvent mère du danger.

    D'autre part le réseau facilite l'anonymat provisoire des communications Si on se fait héberger dans un lointain pays, ayant peu d'accords policiers et juridiques avec la France, on pourra conserver un anonymat et une impunité pendant tout le temps que durent les procédures internationales, car même résidant en France, le seul moyen d'être identifié est entre les mains de l'hôte du site.

    Ajoutons à ce constat que les Etats-Unis ont une politique internet plus dynamique que nous, que les sites y sont plus nombreux et les offres meilleur marché, et on comprendra d'où vient actuellement le danger.

    Les stratégies de la recherche

    La recherche d'activités illicites pratiquées à l'aide d'un ordinateur débute invariablement par la saisie et l'examen méticuleux des machines et des supports d'informations incriminés. Dans la mesure où l'activité a été menée sur internet, on la complétera par une recherche sur le net à partir des informations découvertes sur les disques.

    Trois axes de recherche prédominent dans un problème de pédophilie:


    Le dénombrement et la qualification des images, la façon dont elles ont été acquises (scanner, photo numérique, échange)

    On peut dans une telle recherche, redouter les mêmes dissimulations que dans toute autre activité délictueuse. C'est pourquoi on ne se contentera pas d'un simple listage des fichiers triés par nom et extension. On recherchera les fichiers d'images et leur type directement à partir de la structure des contenus, particulièrement de leur entête.

    Un fichier d'image au format GIF (le plus courant sur internet) commence toujours par les caractères GIF suivis de l'année de la version utilisée (ex. GIF89) puis des informations générales relatives aux propriétés de l'image, taille, nombre de couleurs, etc. Une telle recherche suppose la disposition d'un logiciel spécifique développé pour cette activité, mais cette exigence est une constante dans un travail sérieux d'expertise informatique. Les principaux formats d'images recherchés seront GIF, JPEG et HMP, ce dernier est assez peu utilisé en photo car non compressé et donc volumineux.

    Internet est aussi la patrie de l'image et de nombreux fichiers d'images sont présents sur un disque d'internaute. Tous ne contiennent pas des images pédophiles. On devra donc faire un premier tri sur la taille des fichiers, un fichier GIF de moins de cinq koctets (5 000 caractères) ne sera pas à coup sûr une photo mais plutôt un logo ou un dessin simple.

    Ce pré-tri ayant été réalisé en automatique, il va falloir envisager la partie la plus laborieuse du travail, l'examen visuel du butin, image par image. Cette tâche est longue et fastidieuse car la collection d'un pédophile se mesure généralement en milliers d'images. Un pré-tri automatique pourrait encore à ce stade être pratiqué en déterminant les teintes dominantes de l'image. Un nu contiendra une majorité de teintes chaudes, alors qu'un paysage contiendra plutôt des bleus et des verts. Ceci suppose un développement assez long si on veut un tri comportant un minimum d'aléa: il vaudra mieux conserver une image incertaine que de perdre une preuve.

    Toutes ces opérations préliminaires n'élimineront pas la nécessité d'un examen visuel mais restreindront le nombre d'images devant subir ce sort, et on arrivera à l'épreuve de vérité ultime : étant en présence d'une image à forte connotation pornographique, attribuer un âge probable aux acteurs de la scène. Bien entendu lorsque cet âge avoisine les quinze ans on est confronté à un cas de conscience.


    Les adresses internet et adresses classiques (Bureautique)


    La recherche de carnets d'adresses Bureautique est assez classique, elle pourra s'effectuer par exemple à partir de mots clés dont on recherchera la présence sur le disque. La recherche d'adresses internet est beaucoup plus délicate car les liens sont multiples, le désordre est grand et tout change très rapidement.

    Si par exemple on veut privilégier la recherche de liens avec d'autres adresses sur le territoire français, on ne pourra éviter de cheminer sur de nombreux sites intermédiaires situés dans le monde entier avant de revenir en France. il faut en plus faire très vite car les liens se font et se défont, les sites naissent et disparaissent en permanence.

    Un autre piège est lié au caractère même du lien internet qui est un lien utilisé abondamment et par-là même n'est pas obligatoirement un lien significatif, deux individus reliés sur internet ne sont pas forcément des gens qui se connaissent (même s'ils se tutoient) et qui pratiquent la même activité. Il faut donc veiller, tout au long du parcours à ce que le caractère qualifiant le délit cherché ne s'estompe pas trop. En particulier, dans le cas de la pédophilie, on dérive rapidement si l'on n'y prend pas garde vers les sites gais et lesbiens qui sont licites et ne présentent aucun intérêt pour la recherche: le fait que les pédophiles s'intéressent aux homosexuels ne fait pas de ces derniers des délinquants.

    La difficulté et le coût d'une telle recherche tiennent aussi au nombre très élevé des sites parcourus, le web est, comme son nom l'indique, une fantastique toile d'araignée et on peut surfer en pure perte pendant des centaines d'heures si on ne se fixe pas une solide ligne directrice.


    Les traces d'une éventuelle activité économique

    Habituellement, pour caractériser le côté commercial d'une activité menée sur ordinateur la technique est simple, on recherche la trace d'une comptabilité ou d'une facturation. Cette technique est évidemment utilisable dans notre cas, mais avec le web tout se complique et rien n'est plus tout à fait sûr.

    Qui n'a pas déjà remarqué que sur le web on trouve souvent gratuitement tout ce qui d'habitude se facture (logiciels, produits audiovisuels divers). Comment peuvent donc vivre tous ces gens en apparence très généreux? Par la publicité par exemple, en servant de support publicitaire on peut obtenir une rémunération totalement indépendante du produit mis à disposition. Oui, mais alors il doit bien exister un flux de capitaux en retour. Pas forcément, car on peut très bien se faire rémunérer par des services réciproques.

    Imaginons un instant deux éditeurs de photos interdites. En troquant via internet leurs produits, ils vont considérablement accroître leur stock tout en sécurisant leur commerce, et en fraudant allègrement le fisc. Il leur faudra pratiquer par ailleurs une vente plus traditionnelle pour produire un minimum de capitaux, mais une part importante de leur activité commerciale sera menée sans mouvement apparent de fonds.


    Les difficultés techniques de la recherche:


    Les principales difficultés techniques, on l'a vu plus haut tiennent à la quantité énorme d'informations et de sites, ainsi qu'à un plus grand anonymat des transactions. Il est bien sûr possible d'acheminer par la poste des courriers anonymes mais cette opération est beaucoup plus facile et moins risquée sur le net.

    Un email ou un dire dans un forum, même s'il est identifié par un nom de boîte émettrice verra son anonymat protégé par son fournisseur d'accès si celui-ci est situé dans un pays de tolérance.

    Il est édifiant de constater le paradoxe suivant, aujourd'hui les commerces honnêtes hésitent encore à utiliser internet craignant le manque de sécurité des échanges. Dans le même temps, les activités illicites y voient un formidable outil exaltant la liberté sans retenue et compliquant encore le travail des défenseurs de la loi.


    Les moyens techniques de progresser en efficacité


    Les difficultés étant principalement liées au volume d'informations traitées, le premier progrès spectaculaire en efficacité, en vitesse de réaction et en coût pourrait être obtenu par un investissement initial dans le développement d'outils de recherches automatisées :


  • En matière d'analyse de photos;

  • En matière de parcours et de sélections des sites liés à un site suspect, les sélections pouvant s'opérer sur la présence de nombreux fichiers de photos et la nature dominante de celle-ci, les thèmes traités (par mots clés combinés, ce système existe dans les entreprises de gestion informatisée de documentation), la localisation des gérants (extraction et exploitation automatiques de la fiche d'identification Internic de chaque site).


  • Il ne semble pas y avoir de contre-indication à l'alliance. des deux médications, celle proposée par le juge, et celle recommandée par l'expert; l'un comme l'autre font le même diagnostic sur l'existence de sites incitatifs, et celle d'une activité commerciale, ou d'échange d'image, toutes deux évidemment connexes et entremêlées, comme le sont la publicité et l'industrie, le marketing et la production ; l'expert travaille les outils de recherche, tandis que le juge d'instruction veut développer un usage commun, international, plus universel, de ces outils. Il reste cependant qu'on doit s'inquiéter d'un phénomène de retard. En effet, alors que juges et experts commencent à analyser le phénomène pédophilique sur internet, ils constatent son état d'avancement voire d'achèvement, car on peut douter de la capacité des réseaux pédophiles à grossir encore leurs rangs: ils sont et restent, nous voulons le croire, une minorité. Tandis que nous débutons dans l'élaboration et l'utilisation d'instruments de lutte, nous observons que les trafiquants d'images manipulent déjà avec dextérité ce tout nouveau média qu'est l'internet, et son support informatique. Bref, on vérifie la règle qui veut qu'au jeu du gendarme et du voleur, ce dernier parte en premier...

    Mais doit-on rappeler que, par essence, l'investigation, l'enquête et son corollaire, la répression, sont réactionnaires plus qu'initiatrices? Nous voulons dire par-là que la police ne s'est dotée de scanners qu'après que les malfaiteurs aient employé les transmissions radios; que c'est le gang des tractions avant qui a incité la préfecture de police à doter ses agents d'autres véhicules que les vélos et les chevaux; qu'en somme, les maladies font progresser les médicaments. Les causes précédant toujours les effets, il faut qu'un moyen moderne soit malhonnêtement employé, pour que les forces de l'ordre s'y intéressent.

    On se prend toutefois à rêver d'un monde qui préviendrait au lieu de guérir, qui préférerait la prévention à la répression, lorsqu'il envisagerait une révolution technique aussi profonde que l'internet. Un monde, en quelque sorte, où la conscience précéderait la science.