Le "BUG" de l'an 2000

Suite à la publication sur le WEB en mai 1999

J'ai vu.

Mon précédent article cité ci dessus conclut par:

"L'an 2000 sera l'année des experts informatiques".

Je pensais à l'époque que les victimes de cette monumentale mystification viendraient se plaindre, il n'en a rien été.
Le Français est dur à la douleur.

Par contre en 2001 on commence à enregistrer les conséquences judiciaires de cette tempête virtuelle, sous des formes différentes.

Que constate t-on en 2001?

Pour les entreprises honnêtes du secteur informatique (la majorité, bien sûr) l'exercice 1999 a été une bénédiction, le chiffre d'affaires des revendeurs ayant naturellement subi une croissance importante par rapport à celui de 1998.

Les années 2000, puis 2001 ont par contre été des années de retour au calme, voire de récession.

Les chalands ayant en majorité renouvelé leur parc de matériels et de logiciels, quasiment sous la contrainte en 1999, ne sont en effet plus très disposés à reproduire cet effort d'investissement avant un certain temps.

Les mises à jour de matériel, lorsque l'ancien était récent, peuvent s'apparenter à de l'arnaque pure et simple. Par contre ce dumping a eu souvent un effet positif, en ce sens que les parcs de matériel se sont rajeunis, le nouveau matériel est parfaitement configuré pour un usage internet.

Indirectement, on constate les conséquences néfastes de cette ruée vers le BUG.

Un certain nombre de fournisseurs éprouvent aujourd'hui de grandes difficultés à revenir à un niveau d'activité égal, voire inférieur à celui d'avant 1999.

On peut donner à ces entreprises quelques timides raisons d'espérer: Courage, 2003 - 2004 verront sans doute un rétablissement de l'investissement à son niveau moyen, les amortissements de matériel étant achevés.

Les esprits chagrins pourront peut être prévoir un genre d'effet vibratoire, avec une suite d'exercices hauts et d'autres bas, dûs au fait que l'on a artificiellement concentré les opérations de renouvellement sur une courte période, un genre de Mascaret de l'informatique.

En tous cas il me semble vain d'espérer qu'on pourra pérenniser cette fuite en avant et dopper dorénavant tous les ans la consommation informatique.

Judiciairement, ces phénomènes se traduisent aujourd'hui par des disparitions d'entreprises, phénomène amplifié par celui des Startup très fragiles. Les préjudices invoqués par les demandeurs tiennent alors à des projets logiciels ou internet interrompus par la disparition du fournisseur.

Parmi ces entreprises honnêtes, il en est qui sont cependant três offensives commercialement et qui ont estimé que le phénomène étant conjoncturel, il n'y avait pas une minute à perdre pour prendre une part importante de ce marché providentiel.

Elles ont renforcé leurs effectifs principalement dans le secteur commercial.

Elles ont connu les problèmes évoqués ci dessus, fortement amplifiés.

Elles subissent aujourd'hui en plus des contentieux liés au fait qu'en 1999, si le commercial était facile, le respect des engagements techniques l'était beaucoup moins dans un climat de forte surcharge et on voit arriver, en défendeur devant les juridictions civiles des sociétés connues auparavant et ayant une image de sérieux.

Pour rester, encore un peu, dans le politiquement correct, je citerai quelques entraves aux bonnes moeurs, par exemple la confection et la commercialisation de produits matériels ou logiciels destinés à enrayer ce fléau du millénaire, c'est à dire des produits séduisants mais complètement inutiles.

Ces produits étant commercialisés pour un prix généralement assez modeste se sont très bien vendus. Les Ministères, l'Armée, de respectables administrations, chargées habituellement de veiller sur ce genre d'abus en ont acquis par centaines d'exemplaires.

Ces créateurs ont connu en 1999 une explosion de leur chiffre d'affaires (j'ai constaté chez l'un d'eux une multiplication par 20 de celui-ci).

Les engagements envers le client ont été tenus, d'abord parce que le produit était un placebo, donc sans grand risque de dysfonctionnement, et ensuite parce qu'il était prêt et qu'il ne restait plus qu'à le conditionner et le vendre.

Par contre la chute en 2000 du chiffre d'affaires n'en a été que plus dure, se compliquant de litiges en Prud'hommes.

En effet, en 1999, pour faire face, elles ont du embaucher, vite, tous azimuts, n'importe comment (contrats CDI bâclés), à n'importe quel prix (règles de commissionnements mal étudiées), pour débaucher un an plus tard, n'ayant plus l'activité suffisante.

On pourrait dire que la France en 1999 s'est mise brutalement à travailler à l'américaine. Or elle n'a, ni la législation (heureusement), ni les mentalités (heureusement), ni peut être le savoir faire de nos cousins.

Pour enfin terminer dans le sordide, j'ai même vu un éditeur, introduire dans son produit logiciel un bugue artificiel se caractérisant par un masque de saisie d'exercice sur deux caractères, l'exercice zéro étant rejeté. Le passage sur ce masque était bien sûr incontournable.

Cet artifice lui permettait de contrôler ses clients, de s'assurer qu'un contrat de maintenance logicielle avait bien été souscrit et que le règlement des factures correspondantes était bien à jour, auquel cas ce bug, totalement involontaire était corrigé par une nouvelle version.

Très curieusement ce cas a été traité en juridiction civile et non en correctionnelle.

Heureusement, la grande majorité des acteurs de l'informatique n'a pas ces tentations malsaines (mais non!).

Si tant est que nous ne soyons, la prochaine fois, obligés de suivre le mouvement, dans un contexte de mondialisation, il me semble que nous devons tirer une leçon de ce dérapage.

Il nous faudra être plus sérieux devant ce genre d'effet d'annonce, comme devant tout effet de mode. Vérifier la réalité du phénomène an 2000 était pourtant chose facile, il suffisait par exemple de faire une simulation.

Voyons nos amis américains, comment ont ils géré cet évènement? de façon pragmatique surement.

Prenons en exemple le Pape des produits systèmes Peter NORTON. Nous ne l'avons pas vu se précipiter dans la brèche. Pourtant compte tenu de son image de notoriété dans ce genre de produit il est certain qu'il aurait pu s'y tailler la part du lion.

Il ne l'a pas fait. POURQUOI ?.

En tous cas, lui, il est toujours là.